Novembre beaujolais ou philo ?

Novembre beaujolais nouveau ou philo ? Boire ou « conduire » l’entreprise ?

Outre l’intrigue qu’il suscite, quel lien entre le beaujolais et la philo, le titre peut paraître suspect. C’est juste un jeu de mots très douteux. Loin de moi l’idée que les entreprises seraient confrontées à une telle question. Quoique à mal conduire l’entreprise on pourrait boire…le bouillon !

Y-aurait-il un lien entre le beaujolais et la philo ?

Novembre, du latin «novem »(neuf), ce mois a reçu son nom de la place qu’il occupait dans l’année de Romulus.
On ne peut évoquer les faits marquants du mois de novembre sans spontanément penser à la Toussaint et au 11 novembre , commémoration de l’Armistice.
Deux autres évènements majeurs marquent également novembre : l’arrivée du Beaujolais Nouveau et la Journée Mondiale de la Philosophie instituée depuis 2005 par l’UNESCO. Et saviez-vous que, hasard du calendrier, ces deux événements sont célébrés le même jour, le 3ème jeudi de novembre…

la sagesse

Y-aurait-il donc un lien entre le beaujolais et la philo ?
Pour le fun, je vous propose ce lien avec la maxime : « in vino veritas » ! « Dans le vin, la vérité ». Et la recherche de la vérité n’est-elle pas cette passion infatigable de La Philosophie, qui s’étend peu à peu à toutes les activités et à tous les désirs de l’homme.

« In vino veritas » le 3ème jeudi de novembre, le beaujolais nouveau arrive.

La toute première trace de cet adage daterait du Vème siècle avant Jésus-Christ grâce à Alcée poète grec.
Néanmoins, c’est à Pline l’ancien que l’on doit cette locution latine, preuve qu’au premier siècle de notre ère, on accordait des vertus à la beuverie – et notamment celle de délier les langues et, sous l’emprise de l’alcool, de s’exprimer en toute franchise.
La célèbre locution latine témoigne de l’attachement des anciens à la boisson alcoolisée, censée apporter intelligence et sincérité.

L’historien romain Tacite raconte comment les Germains s’enivraient lors de leurs conseils, pensant que c’est sous l’effet de l’alcool que s’exprimait la plus grande franchise.
Des proverbes similaires existent dans de nombreuses cultures. En chinois la maxime signifie « Après le vin, la parole vraie. » On trouve dans le Talmud babylonien la maxime: « Vient le vin, sort le secret. »
Le lien pourrait s’arrêter là. Avec la faculté sous l’emprise de l’alcool d’avouer des choses qu’on ne divulguerait pas en état sobre. La vérité étant entendue ici au sens de révélation de choses cachées.

« In vino veritas, in aqua sanitas »

D’autant que la maxime est souvent extrapolée. Elle est également connue sous la forme de : « Dans le vin la vérité, dans l’eau la santé ». Ce qui a priori semble plus sage…Rappelons nous qu’il convient de boire avec modération !

« In vino véritas » et la philosophie

Le lien pourrait donc s’arrêter là . Mais ce serait sans compter quelques grands auteurs et philosophes. Dont Rabelais (XVIème) qui a paraphrasé la locution ainsi : « Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, apaise l’ire, chasse la tristesse et donne joie et liesse. »

chercher la véritéPuis Sören Kierkegaard, philosophe danois du XIXème siècle, qui fournit l’occasion d’un deuxième lien. En effet « In vino veritas » est le titre d’un essai philosophique qu’il écrit en 1844 dans la pure tradition du banquet platonicien, à savoir le discours de 5 convives sur l’amour, exprimant ses propres obsessions. Au-delà du titre, l’extrait ci-dessous exprime le lien entre le vin et la vérité.
« In vino veritas, car si l’on avait bien la permission de parler, il était interdit de le faire sans être in vino, et on ne devait prêter l’oreille à aucune vérité si elle n’était dite in vino, le vin étant la défense de la vérité et la vérité celle du vin. – Le lieu choisi pour le banquet se trouvait dans une forêt à quelques miles de Copenhague. […] On discourut ensuite longuement sur les rapports du vin et de la conscience, et sur le fait que chez les personnes très réfléchies l’effet du vin ne se traduisait pas par un impetus étrange, mais au contraire par une réflexion étrangement calme. »

« In vino veritas » symbolise le parcours de l’homme sur le chemin de l’intériorité. Dans une période où l’on a oublié ce que c’est d’exister, Kierkegaard invite à chercher la vérité par le dépassement et l’élévation de soi au lieu de se contenter d’illusions et de jugements tout faits.

La philosophie, une école de la liberté : 3ème jeudi de novembre La Journée Mondiale de la Philosophie

Ainsi, en établissant la Journée mondiale de la philosophie en 2005, l’UNESCO a souligné l’importance de cette discipline, en particulier pour les jeunes : «la philosophie est une discipline qui encourage la pensée critique et indépendante et qui est capable de travailler à une meilleure compréhension du monde et de promouvoir la société, la tolérance et la paix « . Et selon Irina Bokova, ancienne Directrice générale de l’UNESCO :
« Face à la complexité du monde actuel, la réflexion philosophique est d’abord un appel à l’humilité, à la prise de recul et au dialogue raisonné, pour construire ensemble des solutions aux défis qui nous dépassent. Elle est le moyen privilégié de former des citoyens éclairés, prémunis contre la bêtise et les préjugés »

En célébrant la Journée mondiale de la philosophie chaque année, le troisième jeudi de Novembre, l’UNESCO souligne la valeur durable de la philosophie pour le développement de la pensée humaine, pour chaque culture et pour chaque individu.
Cette année, dans la lignée du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, une partie des événements sera consacrée à explorer de nouveaux moyens d’accroître l’accessibilité à l’enseignement et à l’apprentissage philosophiques.

« Conduire » l’entreprise : Pourquoi promouvoir la philosophie en formation et l’activité philosophique en entreprise

Face à la crise économique, sociale, environnementale et culturelle, la philosophie peut venir au secours de l’entreprise.
Si les compétences techniques sont essentielles à un bon manager, elles ne sont pas suffisantes. Car il doit aussi manifester un sens de la responsabilité face à ses clients et ses collaborateurs et l’environnement au sens très large du terme.
La philosophie peut fournir un apport théorique sur les enjeux de la vie en entreprise, sur le plan de l’éthique, des valeurs d’entreprise, du développement durable, du penser, du travailler et du vivre ensemble.
Formuler clairement une préoccupation, c’est la transformer en question, c’est la clarifier, c’est aussi la relativiser. Cette transformation a lieu par la pratique de la pensée critique, par un certain usage du langage, des mots qui s’apprend lors du dialogue. Ces mots permettent aussi de communiquer aux autres ce que chacun porte au fond de lui.

« Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme » Rabelais ou plaidoyer pour les sciences humaines dans l’entrepreneuriat

Ainsi les fondamentaux de la formation au management sont essentiellement la pensée et le langage. Nous sommes bien au cœur de la philosophie.
Au-delà de la philosophie, les sciences humaines ou les sciences de l’homme pourraient éclairer les esprits et mettre un terme au diktat du chiffre, de l’immédiateté et d’un pragmatisme réducteur.

L’anthropologie et la paléontologie au service de la stratégie

La réflexion stratégique gagnerait à adopter les outils de l’anthropologie et de la paléontologie. Certaines structures sont dans l’ incapacité de re-contextualiser leur fondement d’origine. Elles se coupent de la réalité de l’environnement et des échanges avec l’extérieur. Se repliant sur elles même, elles voient s’étioler la cohésion interne. Elles se réfugient alors derrière la technicité, le formalisme et les procédures. L’approche anthropologique leur éviterait de se transformer en organisations régressives et répressives, faisant fuir les meilleurs, avant de disparaître.

L’ethnologie au service du marketing

Si la sociologie et la psychologie ont envahi la communication et le marketing, l’évolution de la technologie rend inopérante la profusion d’informations issues des Big data. L’obsession de la collecte et de l’analyse de données de plus en plus massives risque de devenir une fin en soi. Les données récoltées sont décontextualisées de l’environnement socioculturel, ne prennent pas en compte les aspects émotionnels, ni les dimensions sensorielles. Etablir des corrélations entre des variables est intéressant. La limite de ces études est qu’il s’agit d’un constat. Elles ne suffisent pas à une compréhension « approfondie ». En effet les liens de causalité (pourquoi et comment) ne sont pas abordés. L’ethnologie rendrait bien des services aux managers obsédés par le big data.

Les sciences sociales au service de la finance

Et enfin sur un plan macro-économique. S’il est un domaine où le dogme est roi c’est bien celui de la finance. La théorie financière orthodoxe, reposant sur les sciences de la gestion, impose ses principes de fonctionnement. Il légitime un modèle unique dans l’économie ou « l’industrie » de la finance. La finance réduit la société et les échanges à un espace de propriétés statistiques. L’analyse et les décisions sont guidées par des fonctions mathématiques : le rendement et la mesure du risque. Or 10 ans après l’effondrement de la banque Lehman Brothers, bien peu de choses  changent dans la sphère financière. Les nombreuses dérives constatées dans l’optimisation fiscale, et la financiarisation de l’économie se poursuivent malgré les mesures prises.

La difficulté à réguler laisse imaginer l’immense défi que constituent les réformes structurelles pourtant bien indispensables au service de la société. Et comme le dit Einstein : « on ne résout pas un problème avec le mode de pensée qui l’a généré ». Aussi seul l’apport complémentaire des sciences sociales, grâce à la diversité de ses approches, permettrait de penser la finance autrement.

L’ensemble des fonctions de l’entreprise pourrait être favorablement et largement impacté par les sciences humaines et sociales, pour le plus grand bien de la société. La formation des managers et cadres d’entreprises se doit d’intégrer tant en formation initiale, qu’en formation continue ses différentes dimensions. C’est aussi l’esprit et la mission de M’PLANET-PHL.

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