En Juin : Junon nous offre un modèle de recadrage

Le recadrage, un mot qui pourrait faire peur ! Et Comme chaque mois, profitons d’un voyage, cette fois au cœur du mois de juin avec Junon et Jean La Fontaine pour l’apprécier sous un autre angle.

L’origine du nom Juin

Une première hypothèse évoque l’honneur rendu à Lucius Junius Brutus (milieu du VI ème siècle avant Jésus Christ) en tant que fondateur légendaire de la République romaine. Néanmoins les sources dont on dispose aujourd’hui sont trop lacunaires, même si des récits plus conséquents existent, grâce aux annalistes tels que Tite-Live, qui livre le témoignage le plus complet. Cependant ces auteurs écrivent quatre à cinq siècles après les évènements relatés, ce qui diminue le crédit qu’on peut leur apporter. De plus, leurs récits reposent pour une grande part sur ceux des auteurs plus anciens. En effet il n’existe pas de témoignages contemporains des évènements, la littérature romaine n’ayant fait son apparition que vers le milieu du IIIe siècle av. J.-C. Hypothèse peu crédible !

Une seconde hypothèse est proposée par les auteurs qui attribuaient l’origine de mai à majores, hommage aux anciens. Donc logiquement, ils soutiennent que l’origine de juin est liée à juniorès, jeunes gens.
Enfin une troisième étymologie, plus probable, attribue l’origine du mot à Junon (Juno, en latin). En effet chez les Romains, le mois de juin était consacré à la déesse Junon, femme (et sœur) de Jupiter ! Déesse de la maternité, de la fécondité et du mariage

Qui est cette déesse Junon ?

La jalousie au coeur de la relation
Jupiter et Junon

Multiples fonctions, multiples représentations…
Junon n’a pas toujours été vue comme l’épouse de Jupiter. Marcel Renard la rapprochait de Janus, qualifié de Junonius. Aussi le couple formé de Jupiter et de Junon n’a été créé que par la suite selon l’image du couple souverain du panthéon grec ; ce qui a fait de Junon, sous l’influence d’Héra, une déesse du mariage. Son nom évoque l’idée de jeunesse et de force vitale. Au regard de la signification de son nom, Junon est originellement une déesse de la jeunesse. Plus tard par assimilation avec Héra, elle préside aux mariages et aux accouchements

En ce qui concerne ses attributions diverses

Elles ressortent dans ses épithètes. Ainsi on rencontre :
Juno Sororia En accord avec sa fonction première, Junon en tant que Iuno Sororia, déesse de la jeunesse
Puis Juno Regina, reine des dieux associée à Jupiter dans le grand temple du Capitole;
Ou Juno Lucina, déesse de la lune et des enfantements, souvent assimilée à Diane;
Et encore Juno Pronuba, déesse du mariage;
Ainsi que Juno Voneta, déesse des bons conseils;
Et même Juno Sospita, protectrice des femmes en gésine puis protectrice en général;
Juno Cœlestis, la Tanit ou l’Astarté de Carthage, transportée à Rome après la troisième guerre punique,
Et enfin Juno victrix, Responsable de la monnaie : Elle présidait aussi à la monnaie. Ainsi de nombreuses monnaies romaines à la légende Ivno regina représentent Junon debout, parfois voilée, tenant une haste ( longue lance, pic, javelot) et sacrifiant à l’aide d’une patère, un paon quelquefois à ses pieds. D’autres, au revers Ivno victrix, montrent une Junon victorieuse, tenant un casque et une lance, avec un bouclier et parfois un captif à ses pieds. Etc…
Chacune avait à Rome son culte spécifique

Caractère et relation

Jupiter et Junon ne vivaient pas en bonne intelligence : des conflits éclataient continuellement entre eux. Aussi Junon fut plus d’une fois battue et maltraitée par son époux, à cause de son humeur acariâtre.
Les infidélités de Jupiter en faveur de belles ou de beaux mortels excitèrent et justifièrent souvent la jalousie et la haine de Junon.
Aussi Junon persécuta toutes les concubines de Jupiter et tous les enfants issus de ses illégitimes amours. Et, on dit qu’elle éprouvait pour les femmes inconstantes et coupables une profonde aversion.
Ses attributs sont le paon, un sceptre surmonté d’un coucou et une grenade, symbole de l’amour conjugal, le lys et la vache.

Junon inspiratrice de La Fontaine

Junon a inspiré Jean de La Fontaine. Le paon et la déesse sont les deux principaux acteurs de cette 17ème fable du livre 2, publiée en 1668. Pourquoi le paon ? Tout simplement parce que selon la mythologie le  » Paon  » est l’oiseau dédié à  » Junon « . «Elle l’aurait par elle paré de 100 yeux ».

A la suite de Phèdre, Jean de La Fontaine s’inspire du paon pour montrer les différentes facettes de la jalousie.

Le paon se plaignant à Junon


« Le Paon se plaignait à Junon :
Déesse, disait-il, ce n’est pas sans raison
Que je me plains, que je murmure :
Le chant dont vous m’avez fait don
Déplaît à toute la Nature ;
Au lieu qu’un Rossignol, chétive créature,
Forme des sons aussi doux qu’éclatants,
Est lui seul l’honneur du Printemps.
Junon répondit en colère :
Oiseau jaloux, et qui devrais te taire,
Est-ce à toi d’envier la voix du Rossignol,
Toi que l’on voit porter à l’entour de ton col
Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;
Qui te panades, qui déploies
Une si riche queue, et qui semble à nos yeux
La Boutique d’un Lapidaire ?
Est-il quelque oiseau sous les Cieux
Plus que toi capable de plaire ?
Tout animal n’a pas toutes propriétés.
Nous vous avons donné diverses qualités :
Les uns ont la grandeur et la force en partage ;
Le Faucon est léger, l’Aigle plein de courage ;
Le Corbeau sert pour le présage,
La Corneille avertit des malheurs à venir ;
Tous sont contents de leur ramage.
Cesse donc de te plaindre, ou bien, pour te punir,
Je t’ôterai ton plumage. »

Une morale …

En effet cet oiseau quasi-magnifique de plumage, reste cependant jaloux d’autres, notamment du rossignol, dont il ne parvient pas à atteindre les prouesses vocales.
Mais la déesse ne s’en laisse pas conter ainsi et, lui présentant les atouts d’autres animaux, lui fait bel et bien comprendre qu’il devrait s’estimer au moins heureux et fier de l’arc en ciel qu’il peut et sait déployer.

Or personne, aucun animal, n’est parfait et celui qui a déjà une qualité comme la sienne devrait largement s’en satisfaire. La nature de la morale de cette fable peut être discutée. Néanmoins se plaindre en enviant une qualité que possède autrui, alors que l’on dispose soi-même d’atouts relève bien de la jalousie. Certes à l’évidence cela révèle bien évidemment l’ignorance, l’envie ou une ambition démesurée.

Et un modèle de recadrage

Le paon exprime son mécontentement. Or son cri est une telle horreur, qu’on peut le comprendre.  Ce qui est reprochable au paon, est de ne pas se limiter à déplorer cet état de fait, mais de se comparer au rossignol. Et là l’envie est évidente. Ce que Junon perçoit immédiatement.

La réponse est très claire, Junon mettant en exergue la jalousie du paon.
La force de cette fable réside dans l’échange et en particulier dans la réponse de Junon. Réponse factuelle .Junon décline les spécificités de chacun des animaux, sans oublier les atouts du paon, rappelant que chacun est doté de particularités et qu’aucun ne rassemble toutes les qualités. En outre elle fait également remarquer qu’il est le seul à se plaindre.
Réponse claire, factuelle et sans appel : Junon imposant le silence au paon.
Ainsi l’échange enrichit la morale. L’apologue est certes sur l’envie et la jalousie, mais aussi tout autant sur « la justice ».

A méditer

Transposée dans nos sphères privées et professionnelles, ce genre de situation se présente régulièrement. En imaginant que le plaignant n’ait plus conscience de ses forces qualités et compétences, le discours de Junon est fort à propos. Dans le cas contraire où seules l’envie et la jalousie animeraient le plaignant, et quelles que soient ses motivations, ce comportement est difficilement acceptable et peut nuire à la cohésion d’un groupe. Aussi Junon se montre exemplaire dans la sanction.                                                                                                Junon nous donne quelques tuyaux tant sur la valorisation et la reconnaissance, que sur l’acceptation de la diversité et enfin sur l’équité. Protégeant ainsi la relation individuelle et la cohésion du groupe.
Voilà une belle leçon pratique quant à la conduite d’un entretien de recadrage. A méditer…

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